Kinésithérapeute à l’est algérien, Meriem Skander poursuit avec À la rencontre d’Anaïs sa carrière d’écrivaine entamée il y a dix ans avec la publication de son premier roman, Liberta.
Ce second roman qui aborde la question de l’abandon ne cherche pas à la résoudre, mais à en éprouver les contours. À travers Hind, elle explore ce que signifie avancer sans origine claire, et ce que l’on fait des questions qui restent.
Dans cet entretien, elle revient sur une écriture née de l’incertitude et sur ce qui, parfois, ne se comprend pas.
Votre roman pose beaucoup de questions sans toujours chercher à y répondre clairement. Est-ce une manière pour vous de laisser le lecteur trouver sa propre vérité ?
L’écriture même de ce roman est survenue suite à une multitude de questions qui me taraudait l’esprit, autour de l’abandon et de la place de la mère biologique dans l’évolution émotionnelle et psychologique d’un individu. J’espérais qu’au sortir de ce récit, avoir mes réponses. Au final, je me suis retrouvée avec davantage d’interrogations. Or, il appartient à chaque lecteur de trouver « sa vérité » en s’identifiant au personnage de Hind et en s’interrogeant : « et si c’était moi, comment aurais-je réagi ? »
À travers Hind, vous interrogez la place des racines dans une vie. Est-il nécessaire de connaître ses origines pour avancer ?
A mon sens, oui. Il est nécessaire de connaître l’histoire de son début de vie afin de pouvoir avancer, et de le faire sereinement. Je compare souvent cela à une projection de film au cinéma : si on arrive après trente minutes et que l’on s’installe malgré tout pour suivre l’histoire, elle peut nous plaire ou non. Mais on demeure frustré avec un sentiment « d’avoir raté un épisode » et donc de ne pas comprendre.
Le thème de l’abandon traverse tout le récit. Selon vous, peut-on dépasser une telle blessure ou seulement apprendre à la porter ?
La porter signifierait un lourd fardeau. C’est souvent le cas si ce n’est toujours. Mais je préfère dire qu’on apprend à vivre avec, à cohabiter avec une douleur en attendant le salut.
Vous montrez que les liens du sang ne suffisent pas à définir une famille. Est-ce une conviction personnelle ou une réflexion née du personnage ?
Une conviction personnelle. Le sang ne signifie pas forcément l’affection, la bienveillance et la tendresse au sein d’une famille.
Votre texte provoque une émotion très forte. Pensez-vous qu’on lit ce type de roman pour comprendre ou pour ressentir ?
Il me semble qu’une émotion forte et sincère peut effectivement inciter à la réflexion, à vouloir comprendre là où souvent il n’y a rien à comprendre.
Hind est traversée par des contradictions constantes. Est-ce cette tension qui, selon vous, la rend vivante ?
Je ne crois pas que c’est ce qui la rend vivante, car elle se sent dans une dynamique de survie. En revanche, ces contradictions représentent le pavé ornant le chemin vers sa paix intérieure.
Votre écriture mêle des passages très intimes à des réflexions plus larges. Comment trouvez-vous cet équilibre ?
Je dirais que nous sommes des entités individuelles dans un grand « tout ». Les questionnements intimes se transforment naturellement en réflexions humaines universelles.
Le texte est traversé de références artistiques et littéraires. Est-ce une manière d’inscrire votre récit dans une continuité culturelle ?
Le sujet est tellement douloureux, dur à plusieurs niveaux — recherches, témoignages, écriture, lectures — qu’il me fallait adoucir sa dureté avec des références artistiques : le cinéma, la peinture, la sculpture. L’art comme thérapie. Du beau pour apaiser les maux.
Le passage sur l’Italie tranche avec le reste du récit. Quelle place occupe ce pays dans votre imaginaire ?
Comme je viens de le dire, je souhaitais apporter de la douceur dans un thème assez sombre. L’Italie est un caprice personnel et je trouve ce pays débordant de vitalité, de passion et de gourmandise, l’excès assumé. Je l’ai choisi comme décor pour une rencontre déterminante pour Hind dans sa quête.
À la fin du roman, Hind semble accepter certaines réalités sans pour autant trouver toutes les réponses. Est-ce cela, selon vous, grandir ?
J’ai moi-même appris à travers cette aventure d’écriture autour de l’abandon et de la quête identitaire, que parfois il n’y a rien à comprendre. Ce ne sont pas des concepts, il n’y a pas de logique dedans, on accepte pour avancer sereinement.
