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À la rencontre d’Anaïs : Lien entre Origines et Destin

Toute vérité est-elle bonne à dire ? Qu’est-ce qui crée du lien entre les êtres humains ? Est-ce uniquement le sang ? Est-il nécessaire de connaître ses racines pour accomplir le destin de sa vie ? L’instinct seul suffit-il pour élever un enfant ?

Autant de questions que pose À la rencontre d’Anaïs, le roman de Meriem Skander, publié aux éditions Papyrus, à travers le parcours de Hind. Ces interrogations ne cessent de la traverser, de jour comme de nuit. Elles reviennent sans relâche, au moindre événement, au moindre bouleversement : « Où se trouvait-elle ? Était-elle seulement vivante ? Pensait-elle à moi ? […] L’avait-on contrainte à m’abandonner ? » Elle, c’est sa mère biologique.

Meriem Skander nous prend par la main et nous fait vivre l’aventure de Hind, qui décide un jour de se lancer dans une quête existentielle qu’elle avait jusque-là ajournée à chaque fois qu’elle se manifestait. De Sétif à la Toscane, en passant par les montagnes de Kabylie, nous suivons une jeune femme dont la vie bascule le jour où elle décide d’affronter ce passé laissé en suspens.

Tout au long du récit, Hind se résout à certaines vérités, ou à tout le moins à certaines réalités de ce monde. Des réalités qu’elle finit par reconnaître à ses dépens et qui sont à la source de son destin personnel, l’amenant à entreprendre une quête qui la mène des larmes au chagrin, même si, par moments, ses yeux brillent d’espoir et de joie.

Le roman interroge la place des origines, mais aussi celle des liens. Les liens du sang ne suffisent pas toujours à définir une famille : « Les liens du sang ne font pas la famille, posséder une matrice ne fait pas d’une femme une bonne mère. »

Hind est également un personnage traversé par des contradictions constantes. Entre amour et mensonge, entre attachement et abandon, elle avance dans un équilibre fragile. L’auteure nous offre au fil des pages des passages émouvants, mélancoliques, mais écrits d’une plume au bout de laquelle affleure l’espoir :

« Je refusais de me plier à cette sentence. Il était urgent de me ressaisir, mais avant de conquérir le monde, il fallait d’abord contenir mon pipi et me débarrasser des couches-culottes, la paix dans le monde attendra […] Je relativisais ma situation en pensant qu’il y avait pire, et il y avait pire ! Pour la première fois de mon existence, je me penchais sur cet être au sol en lui tendant la main pour se relever… moi. »

Vient ensuite une véritable déclaration d’amour. Non de Hind à Andrea, l’Italien rencontré lors de son escapade toscane, mais de l’écrivaine envers l’Italie, ce pays cher à son cœur :

« Ce qui me séduisait tant en Italie ? Son air parfumé de sensualité et transpirant la vitalité par tous ses pores. Les Italiens savourent la vie, comme d’autres dégustent leur célèbre cuisine, le rapport entre les deux étant presque inextricable. On aime comme on mange. Une boulimie de plaisirs. Mais non dénuée de saveurs. Déguster un gelato alla fragola prenait des allures de baiser langoureux. L’excès assumé. Quand on aime, on adore, les pleurs sont gémissements, les cris se muent en hurlements… il n’existerait pas plus belle langue que celle de Casanova pour chanter l’amour. »

Hind, comme l’auteure, est très sensible et possède un goût prononcé pour l’art. Le texte en est imprégné, ce qui rend la lecture à la fois plus dense et plus douce. Elle le résume dans cette phrase qu’aurait pu prononcer De Vinci lui-même : « L’art omniprésent avait le don d’adoucir les écorchures de mon être. »

L’écriture, intime et sensible, laisse affleurer une émotion discrète mais persistante. À la rencontre d’Anaïs est ainsi un roman qui pose des questions sans toujours chercher à y répondre, et qui trouve sa force dans cette hésitation même.

Un entretien avec Meriem Skander sera prochainement publié sur OUTIS.

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