Athènes, le 18 avril 2026, dans la salle des expositions du centre culturel Hellenic Cosmos, une petite fille d’à peu près 6 ans s’avance vers un écran équipé d’une caméra discrète, qui fait office de miroir transformant. L’image reflétée est une enfant habillée tout en couleur et son visage est celui de… Frida Kahlo ! Sa maman affiche un large sourire.
Nous sommes cette fois en 1953, au Mexique. Devant la Galerie d’art contemporain à Mexico, une ambulance s’arrête. Des infirmiers font descendre un lit d’hôpital avec une femme allongée dessus. Ils le poussent à l’intérieur et l’installent dans la salle des expositions. Malgré la douleur, la maladie et contre l’avis des médecins qui lui ont interdit le déplacement, Frida est prête à accueillir en personne les invités de sa première exposition personnelle dans son pays. Elle ne se contente pas de regarder en restant allongée. Au contraire, elle échange avec les visiteurs, boit et célèbre cette journée.
“Je me peins moi-même parce que je suis souvent seule.”
Fille d’un photographe allemand et d’une mère de famille issue d’Oaxaca, Magdalena Carmen Frida Kahlo y Calderón envisageait de suivre des études de médecine lorsqu’elle a intégré la prestigieuse école nationale préparatoire. Elle faisait partie des rares filles qui accèdent à cet établissement. C’est sa vie qui va basculer à seulement 18 ans. Le bus qui l’emmène de l’école fait un grave accident. Frida est désormais clouée au lit après un mois passé à l’hôpital et plus de 30 opérations chirurgicales. Ce corps brisé est immobilisé pendant les 29 années qui ont suivi par vingt-huit corsets : un en acier, trois en cuir, les autres en plâtre.
Elle fréquente d’abord les Cachuchas, un groupe d’étudiants rebelles et intellectuels, puis adhère au parti communiste mexicain où elle milite jusqu’à sa mort. Elle croise Diego Rivera en découvrant une fresque qu’il peint dans son école. Leur relation traverse ruptures et retrouvailles, ponctuée par deux mariages. D’autres relations jalonnent son parcours, avec des hommes comme avec des femmes.
Les autoportraits se sont imposés à elle. Elle se peint parce qu’elle se regardait des heures dans un miroir au-dessus de son lit. Elle peint ce corps qui était là. Comme si elle n’avait pas d’autre choix. Un face à face avec son corps immobilisé. Son corps apparaît sans détour, ses blessures montrées, ses douleurs peintes. “Je me peins moi-même parce que je suis souvent seule.”
Nous sommes le 13 juillet 1954, au Palacio de Bellas Artes à Mexico. Un cercueil y est exposé recouvert d’un drapeau rouge du parti communiste mexicain. La dépouille est vêtue d’une tenue traditionnelle, les cheveux tressés, les ongles peints, le visage maquillé.
