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« Era Ora » ou l’allégorie du temps qui s’échappe

Il est des films qui sont des moteurs d’émotions et d’autres qui sont des éveilleurs. Éveilleur à quoi ? Eh bien à plein de choses. Mais le plus important peut-être serait celui qui éveille à la vie qui passe et file entre deux clignements des yeux. Era Ora (pas trop tôt) est l’un de ces films ! Ce long-métrage italien nous livre une réflexion sur le temps qui passe à travers une histoire mi-drôle mi-dramatique.

« Un fruit ne tombe jamais très loin de l’arbre « 

Pour Danté le temps passe très vite. Une année toutes les heures. Et ça, il n’y peut rien. Pendant cette heure, il est lui-même, conscient de ses rêves et de ses désirs. Le reste de l’année, il est dans le coma du quotidien, du bureau, du travail. Il ne vit vraiment que durant cette heure. Le reste de l’année, il n’en a pas le moindre souvenir !

Cette heure représente les rares moments de lucidité qu’on peut avoir pendant qu’on a la tête dans le guidon, plongé et complètement en immersion dans une vie où on ne sent pas notre existence défiler, notre enfant grandir, nos amis tomber malades, nos amours faner…Bien sûr, on a toutes sortes d’excuses et de raisons mais comme Danté, la raison n’est pas de travailler dur pour que sa famille ne manque de rien. Ou pas la seule. Car mettre sa famille à l’abri est important pour lui.

Malheureusement l’important dans la vie de chacun est déterminé par ce qui a manqué, surtout très tôt dans sa vie, et non par ce qui doit l’être (doit l’être par rapport à quoi ?). À méditer !

Revenons à Danté. Derrière le désir de tout offrir à sa famille il y a autre chose… »Un fruit ne tombe jamais très loin de l’arbre ». Danté a tout le temps cette sensation du temps qui s’échappe. Pourtant ni les conseils de Valerio, l’ami alcoolique qui n’a rien accompli dans sa vie : « relâche un peu la pression, maintenant, tout de suite », ni ceux d’Alice, sa femme, ne changent rien à la situation.

Le déni et les vœux pieux

Au moment où on se dit ça y est, aujourd’hui je vais prendre les choses en main et changer, hop on a déjà plongé la tête encore plus profonde. Ne pas démissionner pour profiter un peu de son temps (pire se retrouver promu avec un agenda encore plus prenant) ne pas quitter une relation passagère pour son vrai amour…etc.

Mais avant tout cela il y a le déni de la réalité. Cette réalité n’est pas forcément celle de Danté : « Tout va bien. J’aime ma famille. Pas besoin de cette séance ». Même quand Valerio essaye de lui ouvrir les yeux avec beaucoup de bienveillance et de nuance : « T’as pas changé du jour au lendemain, ça arrive tout doucement. C’est à peine si on s’en aperçoit. Ça s’appelle la vie » Et pourtant ce n’est pas la volonté qui manque à Danté. Pour ses 40 ans il a fait un vœu : « Avoir plus de temps » !

« J’ai peut-être fait l’erreur d’avoir besoin de quelqu’un »

Dans ce tableau, il y a Danté qui sombre petit à petit emportant tout avec lui. Il y a aussi Alice qui assiste à ce drame impuissante, incapable de le tirer de là, ou même de reconnaître ses heures de lucidité : « le syndrome de l’anniversaire ». Ni elle ni Valerio, encore moins Francesca n’y peuvent quoi que ce soit. Bien qu’ils soient eux aussi acteurs de la pièce.

Alice n’est pas tout à fait une femme épanouie et à l’aise dans sa peau. Ce qui manque en elle, elle le cherche chez Danté. Le trouvera-t-elle ? La réponse à cette question ne pourra jamais être oui ! Le tout est d’arriver à en prendre conscience : « J’ai peut-être fait l’erreur d’avoir besoin de quelqu’un »

Une bande son passionnante

D’une scène légère et drôle à une scène chargée et dramatique, le film nous transporte, nous balance et finit par nous emporter carrément dans cette ville italienne où se mêlent jardins verdoyants au bord d’une étendue d’eau qui reflète le ciel voilé de ce mois d’octobre où Danté a vu le jour, aux grands bâtiments en verre. Soutenu par une bande son exceptionnelle qui va de l’air de la reine de la nuit de Mozart à Erio avec « only you », un morceau aussi triste et touchant que les yeux mouillés de Danté devant l’exposition d’Alice. Un film à voir aujourd’hui avant demain !

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