Beaucoup de poètes ont écrit sur leur mère. Peu ont écrit le poème auquel on associe toute une œuvre.
Un jour un étudiant palestinien a été arrêté par l’armée israélienne. Cet étudiant était au milieu de sa fratrie et était persuadé que sa mère ne l’aimait pas. Son père non plus d’ailleurs. Il le pensait car toute l’attention se portait sur l’ainé et le cadet de la famille.
C’est dans la prison qu’il découvre l’ampleur de l’amour que lui portait sa mère. Houria c’était le nom de sa mère qui veut dire liberté en arabe. Elle est venue lui rendre visite en lui apportant son café préféré et du pain qu’elle a elle-même préparé. Mais arrivée devant le gardien, il renverse le café et lui confisque le pain devant les yeux ébahis de son fils. Une larme coule alors sur sa joue, triste de ne pouvoir apaiser un tant soit peu la solitude de son fils privé de liberté. Et désormais de la nourriture de sa mère. Une scène encore inimaginable pour ce jeune prisonnier car il doutait que celle qui lui a donné la vie puisse l’aimer autant.
À partir de là, quelque chose change dans son rapport à sa propre vie.
Une fois dans sa cellule, il écrit sur un bout de papier un texte. Une ode à l’amour maternel. Presque « un mot d’excuse » à sa mère. Il y écrit : « et je chéris ma vie, car si je mourais, j’aurais honte des larmes de ma mère… ». Le poème : « À ma mère » est né.
Malgré une œuvre prolifique et une célébrité due également aux nombreux artistes qui ont chanté ses textes, il pensait qu’il ne passerait pas à la postérité : « on t’oubliera comme si tu n’avais jamais été » écrit-t-il dans un poème édifiant sur l’existence passagère qui ne résiste pas à l’épreuve du temps.
Peut-être découvrira-t-il un jour qu’il s’était trompé là aussi.
